Comment ne pas être attentif aux déplacements du chien , immergé dans un environnement naturel composé de friches, de haies sauvages ,de jachères et de bosquets.

Ses allées et venues sont conditionnées par les effluves du gibier, j’ai essayé de décrire ces instants fugitifs et non reproductibles, d’une théâtralité propre à chaque volatile sédentaire ou de passage.

A chaque quête et arrêts du chien, mes palpitations semblaient incontrôlables, je savourais ces moments là. Les couleurs , les formes et les sons passaient en arrière plan.

La nature avait opéré sa magie !

Le faisan de Colchide et les chasseurs

La nature me manque, dès que l’occasion se présente je m’envole vers d’autres horizons, peut-être moins hostiles !

Mes trajectoires sont inconnues, je ne reconnais plus mes endroits, j’ai perdu mes repères et à tout moment je peux atterrir où l’on ne m’attend pas !

Les sentiers herbacés et sauvages qui sillonnaient à travers les friches et les bosquets aux senteurs sauvages , les chants des alouettes et les alertes sonores du geai ont été remplacées par des routes goudronnées, bruyantes, aux odeurs incommodantes ,

Quel univers, restons vigilants et approchons à petits pas sans se faire remarquer, il est vrai que mon costume d’Arlequin attire le regard, le calme et les couleurs automnales m’invitent à me risquer dans cette aventure !  

Chasseurs, c’est un peu grâce à vous que je découvre notre pauvre planète, car vous m’avez retiré de mon univers grillagé pour me lâcher avec beaucoup d’entrain et lendemains enchanteurs  !

J’ai survécu , contourné les obstacles, fui à tire d’ailes et passé au travers des salves imprécises des tireurs du dimanche !

Aguerri par cette dernière épreuve , j’aborderais le printemps prochain avec calme , sérénité ,vigilance  et avec l’espoir de découvrir une compagne pour pérenniser notre si belle espèce..

Les lois sont ainsi faites !

" Il n'y a point de hasard, tout est épreuve, ou punition, ou récompense, ou prévoyance".(Voltaire)

L’instant et l’instinct de la perdrix rouge

Mon chien épagneul était en quête, le vent en face pour mieux capter la moindre émanation, il effectuait des lacets avec des courses rapides puis lentes. Il s’arrêta net , et la position de la tête indiquait la probable zone , de production des effluves, lui seul avait le contrôle de la situation. La somme des paramètres dont il disposait, lui permettait de comprendre, la nature du gibier, sa distance, sa visibilité. Son nez se releva, lentement,  la patte antérieure droite  avait quitté le sol, et s’élevait à la vitesse d’une mécanique d’horloger , puis son corps se figea , il reposa sa patte et avança très lentement. J’assistais à une scène de nature où les acteurs sont seuls à gérer cet instant, la perdrix n’était plus dans son cône d’odeur, d’ailleurs, je la voyais à quelques centaines de mètres, devant le chien, visible avec sa tête relevée .Elle avait détecté la présence du chien et anticipé sa fuite ! Le chien accéléra sa quête , tourna plusieurs fois à l’endroit où l’oiseau s’était remisé , cherchant une nouvelle piste puis, il revint vers moi, dubitatif et incrédule, le calme intérieur était revenu, son cœur avait repris son rythme de croisière.

Le chien analyse et maitrise les effluves mais la perdrix a grandi dans cet environnement et appris à se fondre dans le paysage pour mieux s’éloigner du danger l

Et puis quand le chasseur croit que son chien la pille, elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit de l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit. (Jean de la FONTAINE)

La cane et l’épagneul

C’est une histoire surprenante mettant en scène une cane et ses canetons et mon chien de compagnie, un épagneul breton.

Nous nous promenions sur un chemin longeant une petite rivière , quand nous avons aperçu une cane et ses petits canetons. A la vue du chien, la cane a déclenché toute une batterie de réflexes de survie et de protection de sa couvée. Rapidement les petits se sont effacés et ont disparu dans le couvert, accompagnés de leur mère qui ressortit aussitôt , seule, en incitant notre chien à  se rapprocher d’elle, c’était une diversion. Nous avons assisté à une scène incroyable. La cane faisait des sauts d’un mètre environ , et se laissait tomber pour simuler l’oiseau blessé. L’épagneul était alors dans des conditions de chasse idéales, son instinct s’était réveillé .

Elle le laissa s’approcher à 10 mètres environ tout en  maitrisant son ballet de circonstance, puis s’envola sans prendre de la hauteur .Le chien avait accéléré sa course pensant se rapprocher, mais l’oiseau  prenait maintenant de l’altitude l’obligeant à abandonner et à renoncer. L’épagneul  avait vraiment perdu cette manche et revint vers nous tout essoufflé.

La cane nous survola à haute altitude et fit quelques passages au dessus de nos têtes, surveillant notre présence et attendant le retour au calme. Car, tant que le chien était dans sa ligne de mire, elle ne devait prendre aucun risque pour ses canetons.

Puis elle rejoignit  sa couvée en les informant par petits cris que le calme était revenu et qu’ils  pouvaient sortir et reprendre leur activité quotidienne

Notre chien de chasse si fin dans la quête, paraissait impuissant devant ce stratagème, fait de ruses, de simulation et de communication inaudible pour la gent canine.

Le gibier sauvage connait son milieu et s’adapte en permanence aux pièges qui lui sont tendus !

Le râle des genêts et l’épagneul

Il peut déjouer la quête d’un chien de chasse, au point de le décourager à abandonner la recherche. J’ai vécu ces instants là , même très surpris de m’apercevoir que les effluves laissées par l’oiseau décrivaient des cercles et des zigzags , un labyrinthe d’odeurs sans issues qui lassait le chien. Je me suis éloigné, car mon chien découragé acceptait l’abandon, quand avec un peu de recul je m’apercevais que  plus loin, l’oiseau s’était envolé en laissant pendre ses pattes, il avait gagné !

Ne gommons pas des décennies de croissance et de respect de la biodiversité !

La bécasse et le promeneur : c’était une matinée de découvertes aux couleurs automnales. Un roncier à la végétation clairsemée, laissait entrevoir un tapis de feuilles récemment tombées et offrant des couleurs rougeoyantes.

Un indice attira mon attention, j’avançais à pas feutrés, pour rester dans une parfaite immersion et c’est alors que je découvris son œil rond et noir qui suivait mon déplacement dans une immobilité de marbre, froide et sans vie, aucun signe ne trahissait sa présence, elle m’avait entendu !

Son costume semblait se fondre à la perfection dans ce tapis végétal, je savourais cet instant et sans vouloir troubler cette scène, je décidais de m’éloigner, sans mouvements brusques. Elle avait intégré mon éloignement, grâce à son ouïe  très fine et à quelques mètres de moi, décida de s’envoler dans un claquement d’ailes furtif. Sa trajectoire en zigzag perçait un rideau d’arbres, elle semblait éviter tous les obstacles à la vitesse d’un éclair.

Ce moment musical, symphonie pastorale  créé par leur vol à peine perceptible, berce nos tympans, c’est une partition qui ne s’écrit  pas !

Je réalise l’existence d’un foisonnement d’interactions millénaires, animées par une énergie où les rayons du soleil sont le moteur de toutes ces sources de vie. L’ombre de la végétation ne trouble pas cette atmosphère, car la lumière s’infiltre dans tous  les recoins, arrosant avec beaucoup de précisions et d’attention la moindre surface involontairement éclairée ou  retardée.

Les cailleteaux et l’inconnu

C’était en été. Par une chaude journée je me promenais dans la campagne sur une terre de landes. Quand  tout à coup, une caille s’envola, puis chuta à quelques mètres de moi et refit la même acrobatie .Quelle incompréhension !  mais cette scène instinctive voulait m’entrainer vers une autre zone.

Je fis quelques pas et j’entendis des petits cris. Des cailleteaux se séparaient pour disparaitre de mon regard. Maintenant immobiles, ils étaient blottis à quelques dizaines de centimètres les uns des autres.

L’herbe avait revêtu son costume d’été couleur paille, offrant à ces petits oiseaux une parfaite couverture de protection. Ils étaient devenus invisibles, seul leur petit œil noir pouvait les trahir. Leur rythme cardiaque avait baissé et leur respiration ne laissait apparaitre aucun mouvement, une légère brise ne soulevant aucune plume.

ils avaient disparu de mon champ visuel. Je devais faire très attention pour ne pas les écraser, j’avançais à pas feutrés et m’éloignais. Maintenant j’étais à plusieurs mètres de leur espace de vie, des sons parvinrent alors à mes oreilles. C’était l’appel de la mère tentant de regrouper sa couvée mais avec beaucoup de discrétion à cause du danger !

Je m’imaginais  ces entrainements répétés, quotidiennement, pour déjouer les rapaces en vol, buses et faucons surveillant ces proies faciles mais indétectables.

En fait, cette éducation était  leur planche de salut !

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